Au travail , 2eme sujet : petites, moyennes ou grosses boites …

Au travail , 2eme sujet : petites, moyennes ou grosses boites …

Tadamm … Second billet a propos de mes différentes expériences de production.

Cela fait désormais 7 ans que je travaille dans le domaine de la 3d. De la pub, au long métrage en passant par les clips musicaux et les cinématiques de jeux vidéos. Tout au long de ce parcours j’ai pu observer la structure de chacune de ces boites, leur fonctionnement, ce qui marchait, ne marchait pas. Je vais donc essayer d’en faire une synthèse au travers de plusieurs billets. Voici donc le deuxième billet de la catégorie Je vous invite par ailleurs a réagir en exposant vos expériences propres afin d’enrichir le débat.

Dreamworks Logo Blur Logo Partizan

Les thèmes restant a aborder dans de futurs billets:

  • Le type de projets
  • Structure technique (render farm, réseau, linux ou Windows…etc)
  • Structure humaine, organisation, hiérarchie
  • Pré-production d’un projet
  • Production, outils, techniques
  • Finalisation de projet, processus d’approbation

Petites, Moyennes ou Grosses Boites.

Bon encore une fois j’ai expérimenté 3 tailles de structures. Je vais donc essayer de décrire l’ambiance de travail, la structure hiérarchique et les moyens techniques ainsi que la question financière. Ces thèmes seront survoles car certains feront l’objet de billet plus approfondies comme le suggère la liste ci-dessus.

Petite équipe a Partizan Midi Minuit:

En ce qui concernait le département 3d nous n’étions que 4, jusqu’a 6 ou 7 lors de l’intégration de free lances. La boite comptait un peu plus de monde ( une 20aine en tout) mais leur activité était surtout orientée vers la production audio visuelle classique. La cellule 3d tournait donc avec un nombre très réduit, mais la structure accueillante fournissait des moyens financiers et techniques ( salle de montages, réseaux de distribution…etc) dont peu de petites structures bénéficient a leur création. Outre le fait que je connaissais déjà les deux instigateurs de la cellule 3d ( Loic et Aurelien) pour avoir fait parti de la même promo a Supinfocom, l’ambiance dans une structure de si petite taille est cordiale. D’un autre coté les tensions peuvent monter très vite du fait de travailler toujours avec les mêmes personnes. Mais je ne connus pas ces difficultés durant cette période. Je crois que le principal avantage d’une petite structure vient du fait de la proximité entre les gens la constituant, des reflexes s’installent, la communication devient plus directe et franche, et si les gens s’apprécient le travail devient agréable et harmonieux.

D’un point de vue technique cela offre énormément de flexibilité, la ou les moyens sont souvent faibles en terme de render farm ou de développement d’outils internes ( scripts et autres plugins) , il est très facile d’intégrer de nouveaux logiciels du commerce et de faire évoluer ses méthodes de travail quasi projet après projet. Je me rappelle sur la production du clip Snooze avoir fait les nuages sur 3dsMax car lightwave ne nous donnait pas de résultats satisfaisant, dans les délais de production du clip ( 2 mois pour 4 artistes, du premier script au montage final) cela aurait été difficilement gérable pour un studio de taille relativement importante d’intégrer sans période de pre-production un autre logiciel au pipeline ou de développer un outil pour palier a ce manque. Par ailleurs nous utilisions Windows 2000 a l’époque et non Linux car nous tournions sur Lightwave/3dsMax et Combustion. Le besoin d’une plateforme Linux ne se faisait pas ressentir du fait de l’absence d’un pipeline complexe.

D’un point de vue financier en revanche une petite structure offre peu d’options, il est difficile de négocier une augmentation de salaire, tout comme la question des heures supplémentaires rémunérées ou pas est délicate. Cela dit je n’ai pas vraiment souffert de cela au sein de partizan puisque je ne suis reste que deux ans et que nous n’avons pas accumules beaucoup de charrettes.

Le véritable problème dans une petite structure finalement c’est de ne pas se lasser de la routine qui se crée dans le groupe : jouer a Quake 3 tous les midis pendant 2 ans :) .

Une structure de taille moyenne a Blur Studio

Durant les 4 années passées a Blur, le studio oscilla entre 65 et 80 employés. Le changement fut assez exhubérant , il règne une vraie logique d’entreprise familiale a Blur: Le studio est constitue d’un grand open space ou tous les artistes travaillent de visu disposant de vastes station de travail. On y trouve des boissons de toutes sortes a disposition gratuitement, des snacks , de quoi manger etc… mais aussi une salle de jeu avec billard, consoles, bornes d’arcades, table de ping pong et baby foot. Des la première année nous étions invites au Siggraph au frais de la boite, nous avons eut le droit a beaucoup d’évènements pour souder le groupe. Ainsi toutes les deux semaines nous avions un repas ou nous pouvions inviter amis et familles au sein de Blur. Tim Miller ( le patron de Blur) sur le même calendrier faisait un rapport d’activités devant l’ensemble de la boite , ce qui était l’occasion de parler des projets futurs, des perspectives pour le long terme, mais aussi de présenter les nouvelles recrues ou d’annoncer le départ d’un artiste. Cette énergie fut vraiment une surprise pour moi. En l’occurrence je pense vraiment que cela est due non seulement a la taille de l’entreprise mais aussi au fait que cette logique familiale est beaucoup plus répandue aux USA.

D’un point de vue organisation de travail , la réactivité a Blur était élevée, et les gens compétents dans divers domaine. Ce qui donnait l’occasion de trouver de l’aide rapidement en cas de problèmes épineux. Le fait d’être rassemblés dans l’open space permettait aussi de se connaitre plus rapidement.

Outre le cote familiale, Blur nous a toujours fournis des moyens techniques derniers cris. Nos stations de travail étaient mises a jour quasi annuellement, nous disposions de deux écrans, les modeleurs frimaient avec des cintiq 21. La Renderfarm grossissait sans cesse ( plus de 300 unités environ a mon départ l’an dernier). De même le pipeline basé autour de 3dsMax évoluait sans cesse au gré des requêtes de chacun. Nous utilisions Windows et non Linux encore une fois du fait de notre logiciel principal (3dxMax) ne tournant pas sur Linux. Le pipeline aurait surement bénéficié d’un passage sur Linux, pour des raison de sécurité, de gestion réseau et de stabilité, mais Windows n’a jamais était un handicap majeur.

Du point de financier je fus surpris de recevoir annuellement ( sans sollicitation de ma part) une augmentation se chiffrant généralement avec un pourcentage a deux chiffres ajustée sur mes performances. Franchement une différence majeure avec la France. Et je ne crois pas que a ce niveau les seules charges sociales soient responsable d’une incapacité des entreprises française a augmenter régulièrement leur employé. Mais cela pourrait surement faire l’objet d’un article a part pour parler une bonne fois pour toutes sans tabou des rémunérations dans le métier. En revanche Blur ne roulant pas totalement sur l’or, les heures supplémentaires étaient compensées en jour de congés (pas forcement sur un ratio 1 pour 1) ce n’est pas franchement une solution idéale, et le rythme de travail a Blur a put être intense parfois, mais la boite n’avait pas beaucoup d’autres options. Cela dit les dernières années la situation s’est beaucoup améliorée et les heures sup se sont faites plus rares et se rémunérées.

Ah j’allais oublier la aussi pendant 4 ans, quelques parties de Quake 3 après manger, et généralement le soir tard pendant les charrettes histoire de se détendre un peu :).

Un studio de grande taille a Dreamworks Animation

Bon alors forcement le changement ici est encore plus grand et accentue les lignes qui peuvent se dessiner quant au entreprises de plus petites tailles. Tout d’abord le nombre d’employés : 900 au campus de Glendale, environ 400 au campus PDI a San Francisco. Rien dans mon departement ( en lighting nous sommes environ 70 sur le campus de Glendale).

Dans le même registre que Blur , Dreamworks cherche a reproduire une structure familiale, offrant une salle de jeu avec billard, console et borne d’arcades. Des tables de ping-pong, des baby foot, il y a même un terrain de basket improvise a l’arrière du parking. De plus comme la compagnie est loin d’
être pauvre , nous avons le droit au petit déjeuner offert tous les matins, ainsi que le déjeuner tous les midis que nous pouvons déguster tranquillement au soleil grace aux multiples tablées répandues sur le campus ( voir le billet sur le campus). Pour couronner le tout la salle de projection ( qui est une salle de cinéma standard d’environ 300 places) est utilisee deux fois par mois pour la diffusion d’un long metrage sortie dans le mois. Outre tout ça un département évènementiel organise régulièrement de quoi amener un peu de piquant au studio ( carnaval, concours de costume pour halloween, tournoi de poker contre Jeffrey Katzenberg ( le patron), etc…) Il est clair que plus une boite a de l’argent plus elle peut passer de temps a fournir loisir et divertissement a ses employés. Cela ne se pratique pas dans tous les secteurs d’entreprises, mais bon forcement dans le milieu de l’animation il semble que ça colle un peu plus.

D’un point de vue gestion du travail forcement la hiérarchie est plus importante et la réactivité est amoindrie par le nombre d’intermédiaires. La plupart des employés travaillent dans des cubicles ou des petits bureaux rarement a plus de 4 personnes. Ce qui restreint les rencontres et l’interaction avec le reste de son département. De même entre département cella prend beaucoup de temps de se familiariser avec ses différents interlocuteurs, la communication se faisant souvent par messagerie instantanée , email ou téléphone.

Question technique forcement les moyens sont au rendez vous, pas forcement uniquement au niveau des stations mais surtout de l’infrastructure, nous disposons par exemple d’une salle de vidéo conférence grandeur nature HD pour communiquer avec le campus a San Francisco. De même la render Farm est absolument démente : prés de 7000 postes. Un seul regret nos stations disposent finalement de peu de Ram ( 4go, peut mieux faire il me semble).

Du point de vue financier je n’ai pas encore tous les détails car je vais négocier mon prochain contrat bientôt ( si jamais on me propose un autre contrat bien entendu). En revanche nous devrions recevoir un bonus plus que généreux du fait des bonnes recettes sur le territoire américain des deux films sortis l’an dernier ( Shrek 3 et Bee movie). Toutefois un point important les heures sup sont rémunérés et très correctement +50 % en semaine et samedis, et +100% les dimanches ou au delà de 12h de travail quotidien. On est bien loin des 25 % de m’sieur Sarkozy… Un dernier point nous sommes syndicalise sous la Motion Picture Union via l’Animation Guild, ce qui nous offre une couverture sociale décente, et un plan de retraite intéressant, ainsi que un conseils quant a nos droits accessibles facilement , merci a la Guilde :).

Pour résumer :

plus l’entreprise est grande et plus j’ai gagne en confort de travail, en protection financière, et dans le même temps la communication et l’interaction devient plus diffuse, lente et légèrement anonyme.

Je suis assez content d’avoir pu expérimenter chaque situations et aucune d’entre elles ne me sembleraient difficile a revivre. Ayant eut un parcours plutôt heureux je serai curieux d’en apprendre un peu plus sur VOS expériences, qu’elles aient été difficiles ou agréables.

Petite Update : rajout du texte de l’edito ecrit pour 3dvf le 25/02/08

Simplement pour raccrocher les wagons car certains commentaires font reference a ce texte :)

 »Voila désormais 5 ans que je vis en Californie et mon départ fut motivé par une offre d’emploi de Blur Studio. Ma situation m’a longtemps fait réfléchir sur les causes profondes de mon expatriation. Il convient de remarquer que ce phénomène de départ vers l’étranger a explosé ces 10 dernières années et cela soulève une question : Pourquoi tant d’artistes de l’image quittent la France pour partir vers l’étranger et en particulier les USA et l’Angleterre? Comment faire pour que cette mécanique s’enraye et que les talents veuillent rester en France ?

Je distingue plusieurs facteurs déterminants:

Le saint graal : l’argent ? Je ne crois pas que ce soit la motivation première pour partir vers l’étranger, mais ce serait sûrement le plus gros point d’ancrage pour maintenir les talents en France si les salaires étaient plus élevés. Il ne faut pas se leurrer la répartition des salaires n’est pas aussi équitable en France qu’elle ne l’est aux USA ou en Angleterre. Bien évidemment le fait qu’il y ait plus d’artistes que de postes à pourvoir tire les salaires vers le bas.

Un détail : il existe des syndicats pour les animateurs aux USA mais pas en France, c’est le monde à l’envers. Ces syndicats aident au maintien des salaires qui sont aussi généralement ajustés sur le coût de la vie. De même l’encouragement par des hausses de salaire reste très sporadique en France contrairement aux USA ou les entreprises fidélisent leurs employés via des augmentations annuelles (tournant autour de 5 a 30 %) ajustées sur les performances. Il serait de bon augure que les salaires français dans l’industrie de l’image suivent cet exemple. Bien entendu cette logique est assujettie à la santé économique du marché français, mais je ne peux pas croire que c’est la crise non stop depuis 10 ans.

Des projets qui font rêver. Les projets sont rarement de grande envergure (entendez long métrage d’animation) par manque de capitaux, on dénote un manque de prise de risque des investisseurs français. Il semble aussi qu’il soit très difficile d’attirer de capitaux étrangers. Il me semble aussi que le savoir faire dans la création de film d’animation est loin d’être du même niveau, non pas que les boites françaises en soient incapables. Simplement je pense qu’elles sont persuadées de leur méthodes et ne se remettent pas en question après leurs échecs.

Il y a bien quelques exceptions mais bien trop peu pour un pays ayant une telle production audiovisuelle.

Je tiens toutefois à contrebalancer en soulignant le dynamisme français concernant les publicités et les clips musicaux qui sont souvent des projets de très bonne qualité, ce qui est en moyenne plus rare aux USA. Je me demande aussi à quel point la langue française reste un rempart : pour travailler avec des équipes multiculturelles, pour adapter l’humour d’un film à un public autre que francophone, pour établir un plan marketing de qualité dans les pays anglo-saxons …etc.

Trouver un travail, tout simplement ?

Pour certains il devient plus facile de décrocher un premier boulot à l’étranger qu’en France. En effet le marché semble saturé d’étudiants et de jeunes autodidactes. Ce qui ne serait pas un mal si la même dynamique existait quant à la création de nouvelles entreprises et le captage de nouveaux projets sur le territoire Français.

De mon avis pour qu’un tel dynamisme s’installe il faudra qu’il y ait un précèdent : qu’une entreprise soulève des capitaux important acceptant un facteur risque, mette en place une politique des salaires hauts, recrute de manière internationale des talents expérimentés pour encadrer les talents français et que cela mène à un succès international via un projet de qualité. Il n’y a toujours pas un seul studio employant plus de 300 personnes sur des projets réellement ambitieux. C’est sûrement cette génération d’immigrés qui pourra donner un coup de pouce et rénover un peu l’animation française en mettant à profit leur expérience, lors d’un éventuel retour en France.

Toutefois, les talents auront toujours envie de voyager, de découvrir de nouveaux horizons… »