Travailler aux USA

Travailler aux USA

Voila un article que j’ai publie il y a quelques mois sur le blog social de 3dvf. Je me permets de le publier ici, mais je vous invite chaudement a jeter un oeil de fond en comble sur le blog social qui est consacre aux informations sur les metiers lies a l’infographie, vous y trouverez beaucoup une multitudes d’articles tres interessants et qui sont susceptibles de repondre aux multiples questions que vous pourriez encore avoir sur le secteur.

Desole pour le cote clinquant de l’image d’hollywood et le titre racoleur, mais c’est le meilleur moyen de diffuser l’information ;)

Parmi tous les pays qui génèrent l’intérêt des infographistes francophones de tout poil, les USA semblent bel et bien la destination majoritaire. Le dynamisme en terme de production d’image et de diffusion en est bien entendu la raison principale, ainsi que le fait qu’il est de notoriété publique que les salaires y sont plus élevés qu’en France.

Faisons donc le point sur le chemin à suivre pour tracer sa route à l’Ouest.

Tout d’abord, soyons clair: partir aux USA en voyage touristique et espérer y décrocher un job est totalement utopique, c’est une dépense inutile et totalement contre-productive. Rien n’empêche de venir prendre la température, visiter  quelques studios ou poser des bandes démos, mais tout ceux qui s’entêtent à venir passer 6 mois sur le territoire afin de décrocher un taf feront face à une expérience douloureuse.

Alors comment faire pour franchir l’Atlantique ?

Il n’y a guère que trois solutions: avoir la chance que la boîte française dans laquelle vous bossez ouvre une antenne aux USA et vous offre la possibilité de vous expatrier, ou alors qu’une boîte américaine vous recrute et vous propose de faire une demande de Visa. Enfin la dernière solution, c’est de participer à la loterie pour la Carte Verte. Ne rigolez pas, les français ne sont pas si nombreux à y participer et le nombre de cartes délivrées est fixé par pays, ce qui fait qu’un pourcentage non négligeable de français obtiennent leur droit de travailler aux USA via cette loterie. ( Les chances sont supérieures à 1 sur 300, il me semble, à confirmer. )

Mais insistons sur la nécessité d’avoir un statut légal pour travailler aux USA, car sans Visa ou sans carte verte, il est littéralement impossible de travailler dans l’industrie. Bon, il existe des freelances qui travaillent depuis la France, mais je vais tenter de couvrir un déplacement vers les USA et pas la prestation de service vers les USA.

Parmi les trois solutions qui s’offrent à vous, la seule qui soit conventionnelle et répandue est l’obtention d’un visa. Pour avoir un visa de travail, le chemin le plus rapide est donc de décrocher un poste.

Rechercher un travail

Les règles sont a peu près les mêmes qu’en France finalement mais avec quelques prérequis.

  • N’envoyer pas votre candidature à tous les studios de la planète, ciblez votre recherche en fonction de l’activité de la boîte, de sa localisation géographique, des postes disponibles, des projets, etc.
  • Ne vous présentez pas en tant que généraliste, appuyez votre candidature sur la spécialité qui vous sied le plus et le cas échéant n’hésitez pas à souligner votre capacité à élargir votre activité à un poste plus généraliste ou complémentaire. ( Un animateur peut, par exemple, souligner son intérêt pour le layout ou un modeleur de décor son intérêt à faire de l’éclairage, etc. )
  • Préparer une bande démo ( moins de 3 minutes, sans musique, sur DVD accompagnée du détail de ce que vous avez fait sur celle-ci )
  • Créer un portfolio en ligne ( et en anglais ) est un gros plus car de nombreuses petites structures recherchent activement les talents via les forums dédiés ( ce fut la manière dont je fus recruté chez Blur )
  • Toujours envoyer vos candidatures par courrier ainsi que par email si possible, et avant d’inonder toutes les boites mails et emails que vous ayez sous la main, essayez de vous renseigner pour savoir si celles-ci sont en période d’embauche. Envoyer sa bande démo à une boîte qui ne recrute pas sur l’instant est totalement inutile dans la majorité des cas.
  • Si vous avez des contacts au sein de boîtes que vous visez, demandez-leur spécifiquement comment cela se passe, qui contacter et si ils peuvent appuyer votre candidature
  • Les prérequis dont je parlais: pour obtenir un visa de travail (le Visa H1B), il faut avoir un diplôme de 3 ans dans votre domaine (un BTS info convient pour faire un Visa dans le milieu de la 3D cela dit…) et il faut aussi avoir une expérience professionnelle de deux ans minimum. Il existe un système de compensation pour les non diplômés se résumant à 3 ans d’expérience qui équivalent à 1 an d’étude (c’est un peu pathétique, je vous l’accorde). Enfin dans certains cas, si vous êtes une star sortant d’une école et que votre court métrage fait le tour du monde des festivals, il existe des visas (le visa O1) qui peuvent se passer de ces prérequis. Du fait de restrictions récentes sur le nombre de visa de travail H1B, les entreprises US ont de plus en plus tendance à opter pour des visas O1 qui eux ne sont pas limités en nombre, ce qui fait que le statut d’exceptionnalité du visa O1 perd un peu de son sens, mais qui s’en plaindra ?
  • Ne désespérez pas, le soit-disant niveau qu’il faut avoir pour travailler aux USA est une légende, les français sont très appréciés aux USA. Car il me semble que les conditions de travail en France forment les français à un rythme très productif, et honnêtement les revendications salariales des français débarquant aux USA comblent l’employeur américain tout comme l’employé, chacun y gagne… Mais j’y reviendrai.

Négocier son contrat

Bon, vous avez des touches, et quelques boites veulent vous faire passer des entretiens. Généralement, cela se passe par webcam et c’est très formel, dans la majorité des cas si vous passez un entretien, vous avez quasiment mis le pied dans la boîte.

Il n’y a pas à stresser sur votre niveau d’anglais. Ce qui intéresse la boîte, c’est votre apport professionnel. Généralement, les entretiens servent surtout à filtrer les imposteurs et à vérifier que le candidat soit sérieux sur ses motivations. En somme, c’est l’étape de vérification. Si votre entretien se passe bien alors vous passerez à la phase de négociation et le cas d’un travailleur quittant son pays est particulier.

Il vous faut impérativement demander une allocation pour votre déménagement (environ 10 000 dollars), un hébergement payé pour un ou deux mois afin de vous installer, une voiture de location pour la même période  (surtout à Los Angeles), l’assurance que la procédure de Visa sera entièrement payée par votre employeur et qu’il se chargera de préparer l’ensemble du dossier. Demandez aussi si vous avez une compagne et/ou des enfants si l’entreprise prend en charge leur visa d’accompagnant (je reviendrai là-dessus par la suite). La plupart des boîtes recrutant à l’étranger ont ce genre de paquet d’embauche par défaut mais cela reste important à souligner. Enfin, il reste la question du salaire et des vacances.

Dans la majorité des cas, l’entreprise sera située en Californie, et donc il faut ajuster votre demande en fonction du lieu, que ce soit pour San Francisco ou Los Angeles les besoins financiers seront approximativement les mêmes. Je dirais qu’un senior ( 4 ans d’expérience ) peut prétendre à un salaire brut annuel compris entre 85 000 et 125 000 dollars. Pour être plus précis, si vous êtes célibataire, la fourchette basse est suffisamment confortable pour vivre et mettre des sous de coté. Si vous vous déplacez avec votre famille alors un minimum de 100 000 dollars semble plus raisonnable, surtout si vos enfants sont en bas âge et que vous avez l’intention de les scolariser… Enfin, il convient de prendre connaissance des avantages liés à votre salaire, quelle sera votre couverture santé, vos heures sup. seront-elles payées, à quel taux, y a-t-il un bonus de fin d’année, etc. Ces avantages sont assez standard,  n’hésitez pas à aborder la question avant de signer un contrat.

Dernier détail: il est possible que vous soyez sous contrat pour une durée déterminée ou pour un nombre de projets prédéterminées, mais il se peut aussi que vous soyez embauché “at will” c’est-à-dire que vous n’aurez pas de contrat , seule votre paye vous lie à l’entreprise que vous pouvez quitter avec un préavis de deux semaines ou dont vous pouvez être licencié dans les mêmes délais. Mais n’ayez crainte quand une boîte vous embauche “at will”, cela ne signifie pas que vous serez viré à la moindre occasion. Je suis resté at will pendant 4 ans sans accro.

La procédure d’obtention du Visa

Pour obtenir votre Visa, l’entreprise déposera une application auprès du département d’immigration. Pour cela, il vous faudra remplir quelques documents (afin de donner des détails sur votre parcours scolaire et professionnel) et fournir des copies certifiées en anglais de vos diplômes (il faut donc s’y prendre un peu a l’avance à ce niveau).

Voici une liste de traducteurs certifiés :

http://www.tti-network.com/annuaire-traducteur-assermente-france/

Une fois le visa approuvé, vous devrez déposer votre dossier à l’ambassade des États-Unis ce qui sera suivi d’un entretien afin de valider votre visa sur votre passeport. Une fois cette étape terminée, vous pourrez partir pour les USA pour toute la durée de votre Visa (en général 3 ans renouvelable). Les frais de Visa à votre charge seront autour de 100 euros.

Pour avoir un détail sur la procédure, allez visiter le site de l’ambassade

http://french.france.usembassy.gov/niv-travail.html

Si vous décidez de venir avec votre compagne, il est préférable de se marier en France au préalable afin qu’elle dispose d’un visa H4 (épouse), mais attention ce visa n’autorise pas votre épouse (époux) à travailler, c’est un détail MAJEUR dans la stabilité future de votre départ vers les USA car l’isolation que votre épouse subira peut être très difficile à vivre, même si elle est consentie au préalable.

Vivre aux usa

Une fois sur place, l’aventure commence. Car s’adapter a un pays comme les Etats-Unis n’est pas si facile qu’il peut y paraître. La première étape sera d’obtenir votre numéro de sécurité sociale ( qui sera votre identifiant et vous donnera accès a l’emploi), cela se fait sur rendez-vous et votre entreprise doit vous communiquer la date de ce rendez-vous au plus tôt. Sans ce numéro, vous serez bloqué pour ouvrir un compte en banque ou même obtenir un logement. Comptez bien deux heures d’attente au guichet, et n’oubliez aucun des papiers requis sinon vous devrez reprendre rendez-vous. Une fois cette étape franchie, vous allez ouvrir un compte bancaire. Ma préférence est de vous diriger vers les crédits unions (la plus connue : http://www.firstent.org/)  qui sont des banques non commerciales (elles furent créées en accord avec les syndicats professionnels).

Ensuite, pour trouver un logement c’est assez simple: vous aurez le choix suivant vos moyens entre appartement, town house (sorte de maison a deux étages dans une résidence) ou maison. Dans la plupart des cas, vous aurez un espace décent, un deux pièces fait en général 60 mètres carrés avec un balcon. Et très souvent si vous optez pour une résidence, vous aurez accès à une piscine, jacuzzi, sauna, salle de sport (c’est le standard pour les résidences à Los Angeles)

Pour faire vos recherches prenez un abonnement à west side rentals (il est possible que votre entreprise y a déjà un compte, demandez-le leur) ou cherchez sur craigslist.

Dernière étape administrative: passer son permis puis acheter une voiture. A ce niveau, pas de bile à se faire, c’est simple, et peu coûteux (moins de 50 dollars), sincèrement une formalité. Le code nécessite de lire un petit bouquin (version pour la Californie) que le DMV (l’administration en charge des permis de conduire) vous fournira en ligne et à répondre à un questionnaire d’une cinquantaine de questions. Vous pouvez vous entraîner sur leur site au préalable, par exemple pour passer votre code en Californie. Si vous ratez le test au premier coup: pas grave, vous devrez repayer une charge (moins de 25 dollars) et vous pourrez repasser le test dans le quart d’heure suivant. Ensuite, pour passer la conduite, il vous suffira de prendre un autre rendez-vous et d’appliquer les règles de prudence à la lettre. Le test de conduite dure en général 20 minutes et vous n’aurez même pas à faire de créneaux ou à conduire sur autoroute (un comble pour Los Angeles par exemple). J’ai rajouté quelques liens en bas de page pour l’achat de voitures d’occasions de qualité.

A propos de gros achats, il est important que vous ne mettiez pas toute vos économies pour acheter une voiture. En effet, il est important aux USA de construire un historique de crédit. C’est assez contre nature pour les français qui sont les pros de l’épargne, mais c’est indispensable par la suite si vous décidez d’acheter une maison ou d’obtenir toute forme de crédit que ce soit auprès d’une banque. Donc lors de l’achat de votre voiture (nécessaire sauf si vous habitez à San Francisco ou New York), essayez d’apporter 30 % du prix et de financer le reste, même à taux élevé. Après un an de mensualité, libre à vous de rembourser le reste du montant dû pour éviter de payer les intérêts futurs et donc de vous débarrasser de cette dette encombrante. Toutefois, cela aura réalisé deux choses: votre historique de crédit sera créé vous offrant ainsi la possibilité d’obtenir une carte de crédit, et en n’ayant pas mis tous vos œufs dans le même panier, vous aurez garder un peu de cash pour faire face aux imprévus.

Différences entre la France et les USA au niveau professionnel et personnel

Il existe de multiples différences qui mériteraient chacune un article mais voici une liste non exhaustive :

Positifs:

  • Les budgets sont toujours plus élevés, en particulier dans le cas des longs métrages (on compare ici des budgets de 30 millions d’euros en France face à 200 millions de dollars) ce qui offre en général des délais plus confortables et des conditions de travail bien meilleures, que ce soit au niveau des salaires ou simplement de vos outils.
  • La pression ressentie au travail est bien moins pernicieuse et oppressante qu’en France: on vous supporte, vous êtes encouragés et rétribués (bonus, augmentation négociée à chaque renouvellement de contrat sans que vous ayez à faire le pressing).
  • Les heures sup. sont généralement grassement rémunérées dans les grosses boîtes, et dans le pire des cas, elles seront compensées par des jours de congés dans les boîtes ayant de plus faible moyens.
  • Il fait beau en Californie, c’est un détail non négligeable.
  • Les projets sur lesquels vous travaillerez ont une diffusion bien plus large que les projets européens ou français. Cela a bien évidemment un impact valorisant sur votre CV.
  • Les horaires décents dans les grosses boîtes vous permettront de maintenir une vie de famille décente.
  • Votre réseau professionnel grandira de manière internationale, vous offrant l’opportunité d’avoir des contacts dans toutes les boîtes de la planète à terme.

Negatifs:

  • Si vous vivez à Los Angeles, il faut toujours prendre sa voiture, et l’écologiste en vous sera mis à rude épreuve
  • Vous serez loin de votre famille et ne rentrerez en France que sporadiquement
  • 2 semaines de vacances et 10 jours fériés par an. Beaucoup de boîtes ferment entre Noël et le 1er de l’an, ajoutant ainsi une semaine de vacances supplémentaires. Cela vous pousse à alterner chaque année les vacances au soleil et les retours en France (peu reposant). Il est possible de négocier vos vacances mais ce n’est pas gagné d’avance. A noter que certaines boîtes offrent plus de vacances que cela. (Rythm and Hues offre à ses employés engagés sur contrat à long terme jusque 9 semaines de vacances.)
  • Si vous êtes fumeurs intempestifs, en Californie, vous allez en baver :)
  • Dans la majorité des cas votre épouse (époux) ne pourra pas travailler sans obtenir lui aussi un VISA de travail.
  • Si votre dada est de toucher à tout, vous serez probablement déçu par l’obligation de vous spécialiser.
  • En cas de perte d’emploi, vous êtes peu sécurisé, mais l’industrie est suffisamment dynamique pour que vous retrouviez un emploi aux USA ou ailleurs.

Quelques liens

One Response to Travailler aux USA

  • Pate

    Bonjour et merci pour cet article.
    Cependant j’ai une question, en effet vous dites que pour l’obtention du H1B un BTS Info suffit.
    Or d’apres ce que je peux voir il faut un Bachelor au minimum pour que ca passe.
    Je suis actuellement en attente de mon “education evaluation” avant d’envoyer le dossier pour le Visa.
    Je suis titulaire d’un BTS IG ainsi que d’un bac +5 en alternance(reconnu niveau 1). du coup avec 3 ans d’expérience en alternance 3 jours entreprise / 2 jours ecole.
    Pensez vous que ca va passer ?

    (Ps: j’ai poster aussi sur 3dvf mais je me suis permis de poster ici aussi car je ne sais pas si vous checkez l’autre blog.